Danse au Burkina Faso : entre vocation et préjugés — Reportage
— Société & Culture

La danse au Burkina Fasoun métier à part entière ou une passion mal reconnue ?

 

Reportage — Pounga W. Samuel Ouagadougou

Longtemps reléguée au rang de loisir, la danse revendique aujourd’hui sa place parmi les métiers à part entière. Entre le regard, parfois sévère, du grand public et le vécu de celles et ceux qui en ont fait leur gagne-pain, l’écart reste grand. Pour comprendre ce qui se joue derrière les pas et les costumes, nous avons d’abord tendu le micro à des Ouagalais de tous horizons, avant de donner la parole à des professionnels qui vivent de leur art depuis parfois plus de vingt ans.

La danse, un métier comme les autres ?

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Emmanuel Ouédraogo, entrepreneur, donnant son avis sur la danse

Emmanuel Ouédraogo

Entrepreneur

Pour lui, la danse est bel et bien un métier — à condition qu’elle permette à qui la pratique d’en vivre correctement.

Dès qu’une activité est rémunérée et qu’il existe des structures pour la former, comme les écoles de danse, elle peut selon lui être reconnue comme une profession à part entière.

Rasmané Zoungrana, boucher, donnant son avis sur la danse

Rasmané Zoungrana

Boucher

Boucher de métier, il voit les choses autrement : pour lui, la danse reste difficile à professionnaliser.

À la différence d’autres métiers, elle ne contribue pas, selon lui, de façon tangible au développement du pays.

Sawadogo Abibata, commerçante, donnant son avis sur la danse

Sawadogo Abibata

Commerçante

Plus nuancée, elle estime que toute activité exercée avec sérieux et intégrité peut être bénéfique.

Elle regrette cependant que certains comportements donnent une mauvaise image des danseurs et nourrissent le mépris à leur égard.

Le grand public reste donc divisé. Mais qu’en disent ceux qui, eux, vivent de la danse au quotidien ?

Idrissa Kafando, chorégraphe professionnel, en entretien
Portrait

Idrissa Kafando, près de trente ans de scène

Idrissa Kafando danse depuis 1998. Près de trois décennies durant lesquelles il a vu le regard de son entourage évoluer.

« Je l’incarne en fait, et il y a un mutuel respect. Il voit mon art comme tout autre métier. »

Idrissa Kafando, chorégraphe

Un respect qu’il dit avoir construit par le sérieux et la rigueur de son travail. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi : au début de son parcours, son propre père peinait à accepter son choix.

« Je me souviens, je lui ai demandé 30 francs pour aller acheter du pain, il m’a dit qu’il ne me donnait pas parce que je danse. Il voulait que je sois sapeur-pompier. Il n’y a pas ce qu’il ne m’a pas dit. »

Idrissa Kafando, chorégraphe

Aujourd’hui, la danse a fini par payer, littéralement : Idrissa Kafando confie avoir déjà perçu un cachet de 1,6 million de francs CFA pour une prestation — la preuve, dit-il, que le métier peut nourrir.

Il se garde pourtant de tout triomphalisme. Pour lui, la réalité du terrain reste difficile : même quand certains artistes parviennent à vivre de leur art, beaucoup peinent encore à financer leurs créations et à mobiliser un public.

Témoignages

Le financement, le public, les préjugés

Aziz Zoundi, danseur professionnel, en entretien

Aziz Zoundi

Le constat d’Idrissa Kafando est partagé par Aziz Zoungrana, qui pratique la danse professionnellement. Lui aussi pointe la difficulté à trouver des financements pour ses créations — et un public local encore difficile à mobiliser.

« En tant que danseur, on a eu du mal à trouver des fonds pour les créations, on a du mal à avoir le public naturel.Pour moi, le public naturel, c'est celui des dehors. »

Aziz Zoundi, danseur

Un travail de sensibilisation reste, selon lui, nécessaire pour faire évoluer les mentalités — d’autant que certains préjugés ont la vie dure.

« Même de nos jours il y a des gens qui disent qu'un artiste, c'est un voyou, c'est un drogué , c'est un voleur, mais c'est à nous de leur faire comprendre qu'il y a des voyous qui ne sont pas des artistes.. »

Hamed Ouédraogo
Hamed Ouédraogo, chorégraphe professionnel, en entretien

Hamed Ouédraogo

Pourquoi cette image négative persiste-t-elle ? Pour le chorégraphe Hamed Ouédraogo, ces préjugés ne reflètent tout simplement pas la réalité du métier : l’artiste, rappelle-t-il, est avant tout un professionnel qui travaille, crée et contribue à la culture.

Sur scène, la danse devient langage collectif. Le Ballet Dounia, en répétition.

Photo : Zanma Photograph

Entre reconnaissance progressive et difficultés persistantes, la danse semble avancer, pas après pas, vers une meilleure considération professionnelle. Certains continueront d’y voir un simple divertissement ; ceux qui la pratiquent savent, eux, ce qu’elle exige réellement — discipline, formation, créativité, engagement.

La danse au Burkina Faso est-elle enfin prête à être reconnue comme un métier à part entière ?

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