Serge Aimé Coulibaly, quand le corps parle plus fort que les discours
"Il y a des gestes qui racontent mieux qu’un manifeste. Ceux de Serge Aimé Coulibaly font partie de ceux-là."
Il y a des artistes qui cherchent la beauté, et d’autres qui cherchent la vérité. Serge Aimé Coulibaly, lui, creuse le réel avec les muscles, les silences, les tensions du corps. Sa danse est brute, brûlante, parfois inconfortable. Mais elle ne ment jamais.
Sur scène, il n’enjolive rien. Il fait surgir l’Afrique contemporaine dans toute sa complexité : violence, chaos, lutte, dignité, espoir. Ses chorégraphies sont des territoires de combat et de mémoire. Elles dérangent parce qu’elles réveillent.
Un pied en Afrique, l’autre en Europe : toujours en mouvement
Né le 12 Mars 1972 à Bobo-Dioulasso, Serge Aimé Coulibaly se forme d’abord au Burkina Faso, puis affine sa vision en Europe, notamment en Belgique où il réside une partie de l’année. En 2014, il fonde à Bobo l’Espace Ankata, un centre de recherche et de création chorégraphique panafricain. Là-bas, il forme une nouvelle génération d’artistes africains, convaincu que l’Afrique doit écrire sa propre grammaire du mouvement.
À Ouagadougou, il collabore aussi avec le CDC La Termitière, un autre centre majeur de danse contemporaine fondé en 2006 par Salia Sanou et Seydou Boro. Ces lieux sont des points d’ancrage d’une danse libre, connectée aux réalités sociales et politiques.
Des créations qui marquent : “C la vie” et au-delà
Parmi ses œuvres majeures, “C la vie” (créée en 2014) est une pièce emblématique. Conçue dans un contexte de tensions sociales croissantes au Burkina Faso, elle interroge la violence sourde des villes, la résilience quotidienne, les corps fatigués mais debout. Elle anticipe les révoltes populaires qui mèneront à l’insurrection d’octobre 2014.
Par la suite, il crée :
“Nuit Blanche à Ouagadougou” (2009), sur la confusion post-électorale ; https://youtu.be/0dN-r-WFG4k?si=NcWvvM8s6v8flYfE
“Kirina” (2018), une fresque chorégraphique épique inspirée de la bataille fondatrice de l’Empire du Mali ; https://youtu.be/c8RXG5chBTA?si=daQe6gIJnusZYc4R
“Wakatt” (2020), une œuvre sombre sur la peur, le repli identitaire et l’avenir incertain: https://youtu.be/TEPZgtlSgkQ?si=D2EPU47t4FHwxXSE
https://youtu.be/K1YmqSLdz2Y?si=uwimbcUZYz4k-Mhl
extrait de la scène c'la vie
Chaque création de Coulibaly est une prise de position. Il danse l’Afrique qui doute, qui cherche, qui avance malgré tout.
🏅 Réalisations et reconnaissance
Bruxelles : Serge Aimé Coulibaly célébré en tant qu’« Etoile de Molenbeek » |
Depuis les années 2000, Serge Aimé Coulibaly est l’un des chorégraphes africains les plus diffusés à l’international. Ses spectacles ont été présentés dans les plus grandes scènes :
Festival d’Avignon (2018),
Montpellier Danse (2016, 2018, 2021),
Biennale de la Danse de Lyon (2018, 2023),
Festival d’Automne à Paris (2020),
Kunstenfestivaldesarts – Bruxelles (plusieurs éditions depuis 2011),
Et de nombreuses tournées en Afrique, Europe, États-Unis, Canada, Asie…
🎥 En 2023, il est invité d’honneur du FESPACO, une première pour un chorégraphe dans cet espace dédié au cinéma. Il y propose une performance qui montre que la danse peut raconter l’Afrique autant que les images filmées.
Il est plusieurs fois lauréat de résidences artistiques européennes (Charleroi Danse, Les Récréâtrales, etc.) et artiste associé à de grandes institutions (Théâtre de Liège, Pôle Sud Strasbourg, etc.). Il a aussi reçu des prix honorifiques pour sa contribution à l’éveil culturel africain.
Un chorégraphe-passeur
Ce qui frappe chez Serge Aimé Coulibaly, au-delà du mouvement, c’est son engagement à faire exister les autres. Il ouvre des voies, des lieux, des possibles. Il refuse *l’élitisme*. Il croit à la puissance du collectif. Il rêve d’une Afrique debout — non pas celle qui attend qu’on lui tende la main, mais celle qui s’exprime, qui pense, qui invente, qui danse.
Danser, pour lui, c’est survivre. Mais c’est aussi inventer un futur, un souffle, une lumière dans la poussière des révoltes étouffées.
Et moi, jeune Burkinabè, passionné de communication et d’art, je regarde Serge Aimé Coulibaly non pas comme une étoile lointaine, mais comme un phare. Celui qui prouve que nos gestes peuvent devenir des manifestes. Et que la danse peut faire plus que divertir : elle peut éveiller.
Samuel W. Pounga.

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